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Ivan Menjivar à la croisée des chemins

Non seulement Ivan Menjivar croit-il que son rival, Mike Easton, sera au sommet de sa forme, mais de plus, il entend livrer cet affrontement comme si ce serait le dernier – comme il veut le faire maintenant chaque fois qu’il se bat d’ailleurs – et ce sans se mettre de pression additionnelle en pensant à la perspective qu’une victoire puisse le propulser directement en combat de championnat.

Un possible tournant pour la carrière de MenjivarEn 2002, lorsqu’un jeune karatéka inexpérimenté a fait ses débuts chez les professionnels en arts martiaux mixtes - combattant qui deviendra par la suite un des plus grands champions au monde de l’histoire des arts martiaux mixtes, Georges St-Pierre - un vétéran l’y attendait de pied ferme. C’était Ivan Menjivar.

Moins de six mois plus tard la même année, c’est à Jeff Curran qu’il disputait chaudement une décision unanime qu’il a finalement remportée.

L’année suivante, c’est aux vétérans de Strikeforce, Brandon Shuey et Vitor Ribeiro, qu’il s’est frotté.

Puis grand moment dans sa carrière, en 2004 il se retrouve dans l’Octogone pour un seul et unique combat afin de faire face à l’ancien champion de l'UFC, Matt Serra, sans même se douter que ce sera ce dernier qui ravira un jour momentanément le titre à son confrère, GSP.

Ce fut ensuite au tour de Joe Lauzon de se frotter au Montréalais qui l’a soumis.

Et onde de choc à Montréal, Ivan Menjivar subit la disqualification pour un coup de pied controversé jugé illégal à l’endroit d’Urijah Faber

Se sont par la suite succédés devant lui les Caol Uno et Bart Palaszewski. Il est bien rare qu'on puisse citer autant de grands noms en racontant l'épopée d'un combattant qui est trop longtemps demeuré dans l’ombre. Même si les experts le destinaient à une carrière prometteuse, il aura fallu attendre qu’il atteigne la belle trentaine avant qu'Ivan Menjivar s’impose enfin à l’UFC. Le combattant qui a chevauché plusieurs catégories de poids au fil des années a paradoxalement combattu dans les catégories plus lourdes par souci de possibilités d’avancement dans sa carrière puisqu'à cette époque, les portes étaient fermées en Amérique aux plus légers, pour finalement redescendre dans une catégorie plus légère plusieurs années plus tard, exactement pour les mêmes raisons. Et s’il en est ainsi, c’est que le visage du sport a passablement changé depuis 2001, année où il a entamé sa carrière professionnelle.

« C’est curieux, mais en même temps il faut comprendre que c’est contextuel. Il y a maintenant beaucoup plus de combattants légers, de 145, de 135 livres. J’irais même jusqu’à dire que les gars qui faisaient carrière chez les 155 ont été récemment plus enclins à passer à 145 et 135, car la face du sport a changé. Le public a appris à apprécier les plus petites catégories et considère désormais ces athlètes comme étant aussi excitants que les autres », a souligné Menjivar.

Pour expliquer son ascension aussi rapide après quatre longues années hors circuit, le temps de fonder une famille et tenter sa chance dans un métier plus conventionnel, il poursuivra, « Il faut dire que les organisations me connaissaient depuis longtemps, mais je n’avais pas été approché avec le même intérêt possiblement parce qu’à l’époque, je me battais dans des catégories de poids plus lourdes. Quand je me suis décidé à passer à 135 livres, leur intérêt s’est manifesté. Je crois que cela a beaucoup aidé. Et puis au-delà de tout ça, ils savaient que j’avais beaucoup d’expérience et que je donnais de bons combats, ce que les amateurs de ce sport apprécient. Mon profil correspondait davantage à ce poids à ce qu’ils recherchaient. »

Plus performant à un poids qui sied davantage à sa petite taille – Menjivar ne fait que 5’6" – il s’est rapidement taillé une place de choix dans l’alignement de l’UFC en demeurant invaincu en trois apparitions. « Je suis confortable à 135 et je pense demeurer à ce poids aussi longtemps que possible. Si l’entraînement va bien, la santé aussi et que tout est géré correctement, je ne verrais pas pourquoi je devrais changer. Bien sûr, faire le poids est difficile, mais c’est faisable. À 145, je me sens bien aussi, et en regard au poids, c’est facile, donc je ne ferme la porte à rien. On ne sait jamais ce qui peut arriver. Je prends ça un combat à la fois. Le prochain est à 135 et j’en reste là pour le moment. »

Grimpant au classement, il en est maintenant à un ou deux combats de devenir aspirant légitime au titre. Les fans québécois de la première heure qui avaient été témoin de la disqualification controversée de Menjivar en 2006 contre Faber, espéraient que ce soit ce dernier qui soit appelé en renfort afin de remplacer Cruz pour le titre intérimaire de poids coq de l’UFC. Or, c’est plutôt l’adversaire initial de Menjivar, Renan Barão, qui a eu l’honneur de se voir promu. « Évidemment, j’aurais aimé être à la place de Barão et avoir la chance pour la ceinture. Mais est-ce que je suis déçu ou que je crois que j’ai des choses à régler avec lui? Pas vraiment », a souligné « The Pride of el Savador » d’un ton résolu avant de poursuivre, « Lorsque nous nous sommes affrontés la dernière fois, le résultat a été une disqualification, mais ça n’avait rien à voir avec Faber. C’était plutôt une décision douteuse des juges et de la commission athlétique, dont le représentant avait sauté dans le ring afin d’arrêter le combat sans aucune raison valable. Je n’ai rien contre Faber. On avait livré un super bon combat, un beau round. Il s’agit simplement d’une erreur de gens qui n’avaient pas suffisamment d’expérience. »

Finalement opposé à Mike Easton pour l'UFC 148 qui aura lieu le 7 juillet prochain à Las Vegas, Menjivar admet que ce dernier a un style différent de Barão, mais ne croit pas forcément que cela doive se réfléter à l’entraînement, qui selon lui, se doit de conserver la même intensité peu importe l’adversaire . « Au départ lorsqu’on a accepté Barão et que j’ai commencé à m’entraîner en vue de l’affrontement, je savais que ce serait un combat très difficile. Maintenant que c’est Easton, je demeure sur l’impression que ce sera un combat tout aussi difficile, seulement il est vrai qu’on parle de deux styles totalement différents. L’entraînement général est demeuré tout aussi intense, même si nous avons dû apporter quelques ajustements à certains niveaux afin d’éviter toute surprise. Mais cela fait partie du métier de combattant. Peu importe l’adversaire, l’entraînement conserve la même intensité, et ce sans égards aux ajustements qui sont apportés en cours de route au niveau stratégie », a-t-il commenté avec positivisme. « De toute façon, ça me donne une chance de pouvoir m’améliorer encore davantage. »

Questionné quant à savoir s’il croit que la blessure et la convalescence de Mike Easton, qui avait dû se retirer de son combat contre son coéquipier Yves Jabouin le mois dernier, joueront en sa défaveur, le représentant du Tristar a été on ne peut plus catégorique. « Non je ne crois pas. Il pourrait ne s’agir que d’une blessure superficielle qui sans être grave, aurait pu le gêner lors d’un combat ou pour sa préparation. Il s’agit de choses qui peuvent se produire. Je m’attends à ce qu’il soit à 100% et qu’il soit en pleine possession de ses moyens. Je me prépare en fonction du fait que mon adversaire sera à son meilleur. »

Et non seulement croit-il que son rival sera au sommet de sa forme, mais de plus, il entend livrer cet affrontement comme si ce serait le dernier – comme il veut le faire maintenant chaque fois qu’il se bat d’ailleurs – et ce sans se mettre de pression additionnelle en pensant à la perspective qu’une victoire puisse le propulser directement en combat de championnat. « Je prends toujours un combat à la fois et je fais de mon mieux. De toute façon, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Je pourrais me blesser et ne pas pouvoir combattre pendant un an… Ça ne sert à rien de regarder trop loin et commencer à avoir des vues sur la ceinture intérimaire. Là je suis à l’entraînement, puis il y aura la diète et le combat. Par la suite je voudrai prendre du repos, puis je retournerai à l’entraînement et un jour on me rappellera et à ce moment-là je dirai "Ah, un combat? Alors okay, let’s go!" », a sagement affirmé le combattant d’origine salvadorienne.

« Honnêtement, je crois que j’ai toujours été comme ça. Par contre lorsque je m’entraîne en vue d’un combat, je suis très "focus" et je me donne à 100%. C’est primordial que je le fasse. En même temps, je me sens privilégié de faire ce que je fais. Je profite de chaque moment, donc si jamais je devais cesser de combattre demain matin, comme cela m’est déjà arrivé par le passé, je pourrai me retirer sans regret tout en étant heureux de voir ce que j’aurai accompli. Je pourrai aussi continuer à m’entraîner pour le plaisir, car c’est gratifiant de simplement pouvoir être là. »

Car au-delà de la victoire, de la gloire et de la renommée, pour Menjivar, il y a aussi une grande famille; celle du Tristar et de Team Zahabi. Une famille qui accueille à bras ouverts plusieurs athlètes qui traversent parfois le globe afin de franchir les portes de ce désormais célèbre centre d’entraînement. « Dernièrement il y a eu des athlètes Français qui sont venus et qui ont été particulièrement surpris de notre niveau ici. Mais en même temps c’était réciproque, car ils ont un excellent niveau aussi. Ils manquaient simplement d’encadrement. Ils ont beaucoup aimé le côté très amical, voire familial, de notre équipe. Ils sont pour la plupart devenus des amis, des partenaires d’entraînement. Il importe peu de savoir qui est une superstar, une vedette. Nous sommes tous de bons amis et on s’entraîne tout en s’amusant. C’est cette atmosphère que les athlètes recherchent et qui je crois, fait en sorte qu’ils reviennent périodiquement », a commenté l’athlète avant de citer quelques personnes de son entourage immédiat dont la présence à ses côtés revêt une importance primordiale, « Firas Zahabi, tous les gars du Tristar, Olivier Reynaud, le club de lutte à Montréal, tous ceux qui viennent me voir pour me corriger… Vous savez, je suis quelqu’un qui aime apprendre et j’apprends constamment de nouvelles techniques, de nouvelles postures. On me dit continuellement change ci, change ça… Mais je suis ouvert à ce niveau et tente de tout mettre en œuvre afin de m’améliorer. C’est ça le concept d’une équipe. »

Que ceux et celles qui désespèrent de le voir combattre à nouveau à Montréal ne perdent pas espoir; bien qu’il refuse de se prononcer sur l’éventualité de livrer un troisième affrontement cette année, il ne ferme pas à porte à cette possibilité, advenant qu’une offre lui soit présentée en temps et lieu. « Je prends ça un combat à la fois et c’est mon agent, Mitch Mayberger, qui gère ça. Il me connait et connait mes capacités. Je ne dis pas non, mais de mon côté je m’en tiens à mon combat contre Easton. Pour ce qui est du reste, mon agent planifie et moi je signe! »